Radar Marchés - 13 avril 2026
Cette semaine a été dense. Entre la crise irano-américaine qui continue de peser sur les prix de l'énergie, les premières publications de résultats d'entreprises en Europe, un rebond spectaculaire des actions américaines et des marchés émergents qui surprennent positivement, les investisseurs ont eu beaucoup à digérer. Voici l'essentiel, expliqué simplement.
Iran / États-Unis : le dialogue avance, mais rien n'est réglé
C'est le dossier central qui polarise l'attention des marchés financiers depuis plusieurs semaines. Les négociations nucléaires entre Washington et Téhéran, relancées à Islamabad le week-end dernier, se sont soldées par un premier échec. Deux points de blocage majeurs : les États-Unis refusent d'accorder à l'Iran un droit de contrôle sur le détroit d'Ormuz, et l'Iran refuse de limiter son programme nucléaire. En réponse, Washington a mis en place un blocus des ports iraniens et renforcé son dispositif militaire dans la région.
Concrètement, le détroit d'Ormuz est le passage maritime par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Quand il est menacé, les prix du brut s'envolent, et avec eux le risque d'une résurgence de l'inflation partout dans le monde.
Malgré cet échec initial, la semaine a quand même apporté des signaux encourageants. Un cessez-le-feu de dix jours a été conclu entre Israël et le Liban. L'Iran aurait proposé d'ouvrir une voie de passage au large des côtes omanaises, et envisagerait de transférer une partie de son uranium enrichi vers un pays tiers, assorti d'une suspension temporaire de son programme nucléaire. Un désaccord persiste toutefois sur la durée d'un éventuel accord (entre 5 et 20 ans). Une trentaine de pays, dont la France et le Royaume-Uni, travaillent par ailleurs à constituer une flotte pour sécuriser le détroit une fois les conditions réunies. En fin de semaine, l'hypothèse d'un cessez-le-feu temporaire de 60 jours a pris de l'épaisseur, ce qui permettrait une réouverture progressive du détroit sans pour autant régler le fond du problème.
Ce qu'il faut retenir : le dialogue progresse, mais lentement et avec de nombreuses inconnues. Les marchés restent suspendus à chaque déclaration. La volatilité sur l'énergie et plus généralement sur les actifs risqués devrait se maintenir tant qu'un accord durable n'est pas signé. Pour suivre l'évolution de la situation en temps réel, Le Grand Continent publie un observatoire mis à jour quotidiennement.
Inflation et banques centrales : la situation se complique
La hausse du pétrole arrive au mauvais moment pour les banques centrales, qui espéraient pouvoir baisser leurs taux en 2026.
Aux États-Unis, l'inflation totale remonte à 3,3 % sur un an (contre 2,4 % le mois précédent), portée notamment par une envolée des prix de l'énergie de près de 11 %. L'inflation dite "sous-jacente", qui exclut l'énergie et l'alimentation, remonte légèrement à 2,6 %. Plus préoccupant : les ménages américains anticipent désormais une inflation à 5,8 % dans un an, un niveau de défiance qui n'est pas passé inaperçu à la Fed. Résultat, plusieurs membres de la banque centrale américaine plaident pour le maintien des taux à leur niveau actuel en 2026, et certains n'excluent même pas une nouvelle hausse.
En Europe, la situation est plus nuancée. L'inflation en zone euro remonte légèrement à 2,6 % en mars. La France affiche une croissance solide au premier trimestre (+0,3 %), mais l'Allemagne, plus dépendante aux énergies fossiles, a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour 2026 et 2027. La BCE devrait pour sa part marquer une pause en avril, avant de réévaluer la situation. La prochaine publication des chiffres d'inflation européens, prévue le 22 avril, sera déterminante.
En Chine en revanche, la croissance du PIB au premier trimestre ressort à 5 %, légèrement au-dessus des attentes (4,8 %), tirée par une production industrielle dynamique. Les prix à la production, après plus de trois ans de baisse, sont repassés en territoire positif en mars (+0,5 %), ce qui pourrait signaler un début de reflation dans l'économie mondiale.
Actions européennes : des résultats contrastés, un secteur qui se distingue
La saison des résultats a démarré en Europe cette semaine, avec environ 8 % des entreprises du grand indice européen (le STOXX 600) dont plusieurs poids lourds du marché qui ont publié leurs chiffres. Cela offre une première lecture de la dynamique des actions européennes en ce début d'année qui au premier constat est contrastée selon les secteurs.
Luxe
La déception est au rendez-vous. LVMH a publié des revenus en recul de 6 % au premier trimestre, pénalisés par la faiblesse de la mode et maroquinerie et l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les ventes dans la région. Hermès fait mieux mais reste en deçà de ce qu'espérait le marché. Kering, de son côté, a dévoilé un nouveau plan stratégique ambitieux baptisé "ReconKering", visant à doubler sa marge opérationnelle à moyen terme, porté notamment par la joaillerie.
Technologie
ASML (fabricant de machines indispensables à la production de puces électroniques) a publié de bons résultats et relevé ses objectifs pour 2026, mais les investisseurs ont réagi avec prudence face à des perspectives de croissance un peu moins élevées au deuxième trimestre. Capgemini a de son côté annoncé un plan de restructuration en Espagne, avec des suppressions de postes liées à l'essor de l'intelligence artificielle. Nemetschek (logiciels pour la construction) a réalisé la plus importante acquisition de son histoire en rachetant HCSS, afin de renforcer sa présence dans le segment des infrastructures en Amérique du Nord.
Industrie et construction
Les bonnes surprises viennent de ces secteurs. Sika (matériaux de construction) a rassuré avec des résultats au-dessus des attentes et note une dynamique européenne plus favorable qu'aux États-Unis. Technip Energies a remporté deux contrats au Gabon dans le cadre de la modernisation d'une raffinerie. Alstom a en revanche déçu en supprimant ses objectifs de rentabilité, signalant des perspectives moins favorables à court terme. Covivio (immobilier) profite du dynamisme du résidentiel allemand et de l'hôtellerie européenne. ID Logistics a signé plusieurs contrats majeurs au Brésil, témoignant d'un développement international actif. Enfin, Wise (paiements internationaux) affiche une croissance de 27 % de ses volumes, confirmant un élan très favorable.
Politique et macro
Deux actualités structurantes cette semaine. En Hongrie, l'opposition pro-européenne menée par Peter Magyar a remporté une supermajorité au parlement, mettant fin à l'ère Orban. Ce tournant pourrait normaliser les relations de Budapest avec l'Union européenne, particulièrement tendues ces dernières années, et faciliter l'octroi d'un soutien financier à l'Ukraine.
Par ailleurs, l'Union européenne a signé un accord préliminaire pour taxer davantage au-delà d'un certain volume l'acier importé (surtout de Chine) qui inonde le marché européen et diminue la rentabilité de production. L'objectif est simple : rendre l'acier étranger moins compétitif pour que les acheteurs européens se retournent vers les producteurs locaux. Les aciéries du continent, qui ne tournent aujourd'hui qu'à 65 % de leurs capacités faute de commandes suffisantes, pourraient ainsi remonter à 80 %, un niveau bien plus rentable pour un secteur sous pression depuis plusieurs années.
Actions américaines : la technologie reprend la main
Bonne semaine de l'autre côté de l'Atlantique. Le S&P 500 (le principal indice américain) progresse de 3,29 %, le Nasdaq (à dominante technologique) bondit de 5,24 %, et les valeurs moyennes (Russell 2000) avancent de 3,38 %. Le S&P 500 inscrit même de nouveaux records historiques.
Le grand retour de la semaine, c'est la technologie. Les logiciels ont rebondi de près de 13 % en quelques séances, les investisseurs ayant profité des niveaux de prix jugés trop bas après la correction de mars. Des entreprises comme GitLab (outils de développement), Cloudflare (infrastructures internet) ou Okta (cybersécurité) ont particulièrement profité de ce regain d'appétit. Du côté des semi-conducteurs, TSMC a publié un bénéfice net record en hausse de 58 %, porté par une demande liée à l'intelligence artificielle toujours très soutenue, et a relevé ses prévisions de croissance annuelle à plus de 30 %.
Les grandes banques ont également publié des résultats globalement solides : JPMorgan, Bank of America, Citi et Morgan Stanley ont bien performé, même si Wells Fargo reste sous pression. BlackRock (le premier gestionnaire d'actifs mondial) affiche des flux de capitaux robustes.
À l'inverse, les secteurs défensifs comme l'alimentation ou les services aux collectivités ont reculé, les investisseurs leur préférant les valeurs de croissance dans ce contexte de rebond. Les secteurs exposés aux droits de douane (matériaux, industrie) restent sous pression.
Marchés émergents
Les pays émergents ont bien performé cette semaine, avec une hausse de 3,63 % de l'indice de référence mondial (MSCI EM) en dollars. La Corée du Sud (+6,95 %) et Taïwan (+6,04 %) ont mené la danse, portées par la dynamique des semi-conducteurs et de l'intelligence artificielle.
En Chine, plusieurs signaux positifs : les exportations ont progressé de 15 % au premier trimestre (leur rythme le plus rapide depuis 2022), les exportations de puces ont littéralement explosé (+85 %), et le fabricant de batteries CATL affiche un bénéfice en hausse de 49 % sur le trimestre. La fin de la déflation industrielle (les prix à la production repassent en hausse pour la première fois en trois ans) est aussi un signal encourageant pour l'économie mondiale.
En Inde, la demande intérieure reste solide malgré les tensions géopolitiques : les ventes de deux-roues et de véhicules utilitaires progressent de 15 à 20 % en début d'avril. Au Mexique, les discussions commerciales avec les États-Unis avancent sur les minéraux critiques, et l'investissement dans les infrastructures technologiques se poursuit. Au Brésil, Vale (géant minier) publie un rapport de production en ligne avec les attentes.
Seule fausse note notable : le Mexique recule de 1,22 %, dans un contexte d'incertitude sur les négociations commerciales avec Washington.
Dettes d'entreprises : le calme après la tempête
Après un fort rebond la semaine précédente, les marchés obligataires d'entreprises ont marqué une pause, tout en restant bien orientés. En clair : les prix des obligations ont légèrement progressé, et les écarts de taux entre les obligations d'entreprises et les emprunts d'État (ce qu'on appelle les "spreads") se sont un peu resserrés. C'est un signe que les investisseurs retrouvent confiance dans la capacité des entreprises à rembourser leurs dettes.
Plusieurs grandes entreprises en ont profité pour emprunter sur les marchés avant la publication de leurs résultats. SoftBank (financement de son investissement dans OpenAI), les banques Rabobank et BNP Paribas, ou encore l'assureur Allianz ont tous levé des capitaux avec succès. La demande des investisseurs a été bien présente, même si ces derniers restent sélectifs sur la qualité des émetteurs.
Les rendements offerts par les obligations d'entreprises restent encore 0,5 % au-dessus de leurs niveaux d'avant-crise, ce qui représente encore une opportunité de rendement pour les investisseurs prudents qui cherchent à diversifier leur épargne au-delà des livrets comme le livret A.
Ce que cela signifie pour votre épargne
Dans ce contexte agité, quelques repères utiles pour les épargnants et les investisseurs.
La crise irano-américaine rappelle que la géopolitique peut bousculer les marchés très rapidement, mais que les phases de dialogue finissent en général par déboucher sur une normalisation. Céder à la panique en vendant dans les creux est rarement la bonne décision sur le long terme.
Le rebond des marchés américains et émergents cette semaine illustre aussi la rapidité avec laquelle les marchés financiers peuvent rebondir lorsque les nouvelles s'améliorent, même légèrement. Être absent du marché pendant ces phases de rebond, c'est souvent manquer une partie significative de la performance annuelle.
Enfin, dans un environnement où l'inflation reste présente et où les taux pourraient rester élevés plus longtemps que prévu, la diversification entre actions, obligations d'entreprises de qualité et actifs réels reste plus que jamais une stratégie pertinente pour protéger et valoriser son patrimoine.
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Source
Cette note s'appuie sur le Flash Marchés hebdomadaire d'Edmond de Rothschild Asset Management, publié le 17 avril 2026.
Cet article est publié à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation d'achat ou de vente de produits financiers, ni une invitation à réaliser une opération. Tout investissement comporte des risques, y compris de perte en capital. Nous vous invitons à consulter un conseiller en gestion de patrimoine avant toute décision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Cet article est publié à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, une recommandation d'achat ou de vente de produits financiers, ni une invitation à réaliser une opération. Tout investissement comporte des risques, y compris de perte en capital. Nous vous invitons à consulter un conseiller en gestion de patrimoine avant toute décision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.